L’acteur Claudio Lemmi interprétera le rôle de Cesare Battisti dans son premier long-métrage. Retour sur un chapitre douloureux de l’histoire italienne et sur la personnalité ambiguë du terroriste. 

Il y a un livre, « Le peintre de batailles » de Arturo Perez Reverte, qui, sans en avoir l’intention, a ouvert une brèche dans le mystère de Cesare Battisti, ancien membre des PAC (Prolétaires Armés Communistes), protagoniste maudit des Années de Plomb italiennes, protégé par la doctrine Mitterrand et par un bon nombre d’intellectuels français, avant sa fuite en Amérique du Sud. 

Ce livre de Perez Reverte nous donne une petite clé en or pour décrypter ce personnage fourbe, au charme trouble, à la personnalité touchante et détestable à la fois. 

Entre le Brésil et la Bolivie, Battisti a cherché à reconstruire sa vie, jusqu’à l’épilogue de sa cavale romancée. Le gouvernement Salvini, qui a fait du rapatriement des anciens membres des Brigades Rouges un cheval de bataille de sa perpétuelle campagne électorale, a réussi à le faire extrader en mars dernier. 

A son retour en Italie, un coup de théâtre inattendu a littéralement sonné l’opinion publique transalpine: Battisti avoue les quatre homicides dont la justice italienne l’accusait depuis des décennies, homicides dont la responsabilité avait été constamment mise en doute par ses défenseurs. 

Parmi les délits, il y a celui de Andrea Campagna, policier de vingt-quatre ans, sans histoire. Le jeune agent a terminé sa vie quelques jours avant son mariage, sous les tirs d’un calibre 38. Sa faute? Avoir été pris en photos par un photographe de presse locale et filmé par les caméra d’une télé régionale lorsqu’il se trouvait à côté du terroriste accusé de l’homicide du bijoutier Pierluigi Torregiani, lors des opérations d’arrestation. 

A cause de ces photos, Andrea Campagna était devenu « l’ennemi du peuple et des prolétaires », une cible à éliminer. 

Dans son livre « Le Peintre de Bataille », Perez Reverte raconte une histoire qui finalement ressemble à celle de Campagna, l’histoire d’un soldat serbe anonyme, qui à cause d’une photo publiée sur un journal devient LE soldat, qui incarne pour ses adversaires L’ENNEMI, un symbole involontaire, qui finit par devenir une cible réelle. Le soldat perd ainsi toute sa famille, victime de représailles, et un jour, après la guerre, il se mît en quête du photographe pour se venger de lui. 

Ce livre nous révèle  involontairement un aspect de la personnalité de Battisti, une superficialité qu’on a voulu nier en lui attribuant en rôle factice d’intellectuel, une légèreté criminelle qui l’a poussé à considérer comme cible à abattre un agent quelconque, qui avait juste eu le malheur d’être pris en photo lors d’une arrestation. Les symboles, les slogans, les dogmes. On voit bien comment le caractère de ce voyou commun, qui avait était endoctriné par les PAC alors qu’il était déjà en prison pour braquage, avait à peu près la même nature que celui de certains jeunes djihadistes d’aujourd’hui, hantés par leur existence creuse et ce désir de les remplir avec des idéaux pré-confectionnés, tout prêt à la consommation, sans que la réflexion n’ait un rôle à jouer. 

Andrea Campagna a obtenu sa vengeance en mars dernier, lorsque l’avion de Cesare Battisti a touché le sol italien. Une victoire pour Salvini, fêtée de manière vulgaire, une manière qui rappelle l’image des chasseurs ivres trinquant autour du gibier. Il n’y a même pas  eu un brin de cette gravitas, de sérieux, de rappel de la tragédie qui auraient du faire honneur aux victimes et à leur famille, aux juges et aux avocats qui ont risqué leurs vies pendant des années pour libérer l’Italie du fléau terroriste. Mais c’est ainsi. 

O tempora, o mores. 

Maurizio Campagna, le frère de Andrea, lui toujours si mesuré dans ces propos, lui qui réclamait justice et non pas vengeance, a du se contenter de cette mascarade politique. 

Aujourd’hui c’est au tour d’un acteur italien connu dans l’Hexagone, Claudio Lemmi, de nous en dire un peu plus sur la personnalité complexe et trouble de Cesare Battisti. Car Lemmi a décidé de devenir Battisti, de jouer son rôle dans un film, son premier long métrage: «Stay behind, l’affaire Cesare Battisti » : un biopic romancé sur la vie du terroriste.

Comme Perez Reverte, Claudio Lemmi nous révèle lui aussi quelques traits de caractère de ce protagoniste des Années de Plomb. Car il ne s’agit pas juste d’un film écrit par un passionné d’histoire contemporaine italienne, ni de la fascination exercée par le militant assassin.  

Tout d’abord, ce n’est pas Lemmi qui s’est penché sur les Années de Plomb, ce sont  plutôt les Années de Plomb qui sont entrées, avec violence, dans sa vie lorsqu’il était enfant. 

Claudio a perdu son oncle, sa tante et son cousin dans l’attentat meurtrier de la gare de Boulogne, advenu le 2 aout 1980, à 10h25, l’heure qui encore aujourd’hui est affiché par une des horloges dans le hall de la gare. Le temps s’est arrêté à ce moment là. Un pays entier a retenu son souffle et s’est recueilli autour des 85 victimes et de leurs familles, en essayant de comprendre, sans y arriver, même des décennies après. 

« Ma famille était bouleversée, depuis ce moment là j’ai commencé à entendre parler à la maison de terrorisme noir et rouge et le nom de Cesare Battisti revenait fréquemment dans les discussions familiales ». Pour Claudio, Cesare Battisti est d’abord un sujet intéressant parmi d’autres, puis presque une obsession. 

Après avoir épluché des centaines des documents qui lui sont dédiés, il arrive à avoir son contact lorsque le terroriste se trouve au Brésil, en 2011. 

Ils communiquent via Skype. « Le premier contact fut étrange, c’est comme si on se connaissait depuis longtemps, il m’a demander de le tutoyer, il me demandait comment j’allais, avec ce ton qu’on emploie entre vieux amis. C’est au bout de quelques phrases que j’ai eu une mauvaise surprise, quelque chose à laquelle je ne m’attendait pas. » En effet, comme si de rien n’était, Battisti lui demande de l’argent, beaucoup d’argent. « Tu veux donc faire un film sur moi? Et combien tu me donnes? Un million d’euros? Un million et demi? Tu me donnes l’argent et ensuite je t’autoriserai à faire un film ». Lemmi lui répond froidement qu’il n’a pas besoin de son autorisation pour faire quoi que ce soit. Le dialogue devient soudainement moins chaleureux. « Tout à coup, j’étais déçu. Je croyais avoir en face une sorte de génie du mal, un personnage machiavélique, complexe, et là je me retrouve à discuter avec un criminel commun, cynique, conscient que son histoire de délinquance peut valoir de l’argent et bien décidé à rentabiliser l’affaire ».

Le scénario, écrit par Lemmi lui même, décrit l’histoire d’une étudiante universitaire franco-italienne qui veut écrire sa thèse sur Cesare Battisti et démarre des recherches sur lui. Ces recherches la conduiront à des découvertes inédites sur sa propre famille. Avec ce film, au fond Claudio Lemmi espère refermer une page. « Il y a une douleur qui a plané sur ma famille et sur ma vie pendant toutes ces années, une douleur liée aux souvenirs des Années de Plomb. Faire un film sur Battisti équivaut à faire face une fois pour toutes à ces démons. Aux miens. Et aux siens, peut-être ». 

Dans le film jouera, entre autres, Olivier Marchal. 

Entretemps en Italie le bruit sur l’affaire de l’arrestation s’est atténué. Peut-être heureusement, tôt ou tard, quelqu’un aurait brisé la belle fable concoctée par Salvini, celle où Bolsonaro, président du Brésil, lui aurait « consigné comme un paquet cadeau » le terroriste des PAC. 

Seul le journaliste italien Alfredo Luis Somoza a fait remarquer discrètement que le mérite de l’extradition ne revenait pas du tout à Bolsonaro mais plutôt à Evo Morales, car Battisti se trouvait en Bolivie à ce moment là, et c’est bien Morales qui a autorisé son retour en Italie. 

Pour Salvini, le fait d’être aidé par un président sud-américain de gauche, ne collait pas trop avec ses exigences de communication, et il a donc loué « son cher ami Bolsonaro ». 

Encore une histoire de mauvais storytelling, comme celle de ce criminel commun endoctriné et transformé en héros. 

Claudio Lemmi est actuellement à Paris au Théâtre de Trévise avec son one man show « Un italien à Paris », tous les lundis jusqu’au 17 juin. 

1 COMMENT

  1. Claudio Lemmi est un mythomane connu sur la place de Paris. En plus d’être nul comme comédien, il est aussi drole qu’une tombe. Claudio Lemmi s’invente une vie et ne tournera jamais un film de sa vie, sauf dans sa tete. Mme Morletto, vous vous fourvoyez avec de tels hurluberlus.

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