Violences dignes du Ku Klux Klan, insultes, discriminations. L’alerte au racisme de l’ONU arrive en Italie où l’intolérance envers les étrangers d’origine africaine est toujours plus forte. Il y a ceux qui fuient l’Italie de la Ligue. Et il y a ceux, comme l’écrivain d’origine congolaise Koli Jean Bofane, qui ne reconnaissent plus un pays qu’ils ont tant aimé. 

Lorsque l’on entend Garoches Mubenga, jeune italien d’origine congolaise « réfugié » en France pour fuir l’Italie et son ambiance de « racisme ordinaire » , on semble avoir fait un saut en arrière dans le temps, on a l’impression de se retrouver à l’époque de Rosa Park, des noirs confinés au fond des bus, de l’apartheid. Sauf que l’on n’est pas dans l’Amérique des années cinquante, ni dans l’Afrique du Sud avant Mandela. On est en Italie, dans la bucolique Valtellina, au nord de Milan. 

Garoches est un beau garçon, il a un visage souriant et les yeux espiègles de ceux qui mettent toute la volonté nécessaire pour que leur futur ressemble un jour à leurs rêves. Il a un diplôme en poche d’opérateur touristique et pendant son temps libre, il se transforme en talentueux musicien de rap. « J’ai trouvé un agent ici à Paris, il m’aide à organiser des concerts dans des petites salles » confie-t-il, enthousiaste. Avant de venir en France, il a vécu un peu au Pays Bas, où il avait trouvait un contrat comme agent de voyage. « Enfin un vrai contrat en relation avec ma formation et mes compétences « dit Garoches, une note d’amertume dans sa voix. En effet, en Italie Garoches se voyait proposer seulement des postes peu qualifiés et  il n’a pas tardé à identifier la cause de ses difficulté , une discrimination à cause de la couleur de sa peau. « Et portant je suis arrivé en Italie enfant, avec ma mère qui est veuve. On a tout de suite appris l’italien, j’ai fréquenté l’école là-bas et toujours vécu dans cette région. Mais la Valtellina est un des fiefs de la Ligue et on m’a régulièrement rappelé que je n’étais qu’un étranger. Noir, en plus».  

Garoches parle parfaitement trois langues. Lorsqu’il s’exprime en italien, son accent lombard très prononcé fait sourire. Le sourire s’éteint lorsqu’il raconte certains calvaires. « Quand j’étais étudiant, je partais l’été ramasser les pommes dans les vergers pour avoir un peu d’argent. Le propriétaire du verger voulait que je mette des gants pour toucher les fruits. J’étais le seul à se voir imposer cela. » Son patron ne faisait pas non plus semblant de cacher certaines « nostalgies »: « il me disait tout le temps que je devais être reconnaissant. Que si Mussolini avait encore été là, on m’aurait chassé » Et ce n’est pas fini. « Il m’est arrivé de travailler comme serveur dans un bar. J’étais content car d’habitude on ne me proposait que des postes à la plonge. Un jour une cliente arrive et se plaint au patron, en lui disant que ce n’était pas normal d’embaucher des gens comme moi alors que pleins d’Italiens étaient au chômage ». Même sa maman n’a pas était épargnée par les remarques racistes. « Ma mère a obtenu depuis des décennies la citoyenneté italienne. Elle est opératrice socio-sanitaire. Quand elle se présente pour une candidature on lui précise que « oui, on cherche des italiens, mais…pas des italiens comme vous ». C’est à dire que le poste est officieusement réservé aux blancs… » Si le monde professionnel s’est révélé périlleux , ses relations amoureuses n’allaient pas mieux. « Je suis sorti avec des filles en Italie, bien sur. Souvent, quand on se promenait dans la rue, c’était bien souvent elles la cible des insultes. On les traitait de salopes car elles sortaient avec un noir, c’est tout dire…. » 

Et de l’Italie gouverné de facto par Salvini, qu’en pense-t-il? 

« L’Italie ne mérite pas ça. Ils ont ouvert une brèche, maintenant les racistes se sentent décomplexés. En même temps, Salvini est en train de détruire la crédibilité de l’Italie à l’étranger. On ne peut pas faire confiance à un homme comme ça, qui met tous les problèmes de son pays sur le dos des migrants » 

Depuis que la coalition Ligue-Mouvement 5 Etoiles est au pouvoir, il ne se passe pas une journée sans que la presse reporte un acte de violence  raciste. Quelques semaines après les élections, en Calabre, un jeune travailleur agricole africain avait été tué de sang froid, à coups de fusil. Il était coupable de fouiller dans une décharge pour trouver du matériel utile à construire une maison de fortune à coté des champs. Ce jeune malien s’appelait Sacko Soumayla. 

Le meurtre a révélé deux tristes réalités italiennes. 

La première concerne la situation des travailleurs migrants sous l’emprise des caporali (on en avait parlé ici), l’autre réalité concerne un racisme qui se montre désormais décomplexé, alimenté par les discours haineux de Salvini contre les migrants. On est capable d’insulter ou même de s’adonner à la violence, puisque l’on est accompagné d’un nouveau sentiment d’impunité. Depuis l’élection du nouveau gouvernement, les actes racistes ont ainsi monté en flèche. 

Le 15 août à Palerme, un groupe d’hommes et de femmes armés de bâtons et de barres de fer ont agressé violemment des mineurs africains en train de discuter à la sortie d’un bar. Les jeunes ont été tous hospitalisés, blessés grièvement. 

Des situations similaires se sont multipliées en peu partout dans la péninsule: on peut rappeler l’agression à coup de pistolet à air comprimé sur un cuisinier malien qui rentrait du travail à Naples, le 20 juin, ou l’agression survenue à Latina, contre deux jeunes nigériens à un arrêt de bus qui a vu les deux victimes hospitalisées après des tirs à la carabine. Dans la capitale, le 17 juillet, une petite fille rom d’à peine quelques mois a été frappée par une balle dans le dos, alors qu’elle était dans le bras de sa mère. Et aussi le cas d’un ouvrier cap-verdien qui a été la cible d’un homme armé alors qu’il se trouvait sur un échafaudage. 

Salvini a commenté ces actes ignobles d’une phrase lapidaire « c’est une invention de la gauche ». Il a rappelé tout de suite après, que les immigrés aussi se rendent responsables d’actes criminels et que c’est ce problème qu’il veut combattre. 

La situation est telle que Michelle Bachelet, haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a décidé d’envoyer des équipes en Italie pour faire le point. 

De son coté, Matteo Salvini a réagi « en réfléchissant sur l’opportunité de baisser les contributions de l’Italie à l’ONU ». Décidément, ce gouvernement n’aime pas les critiques, et lorsqu’elles pleuvent, il a toujours la même réaction. Après que l’écrivain Roberto Saviano avait critiqué l’exécutif à propos de la politique migratoire, il s’était vu menacer d’être privé de son escorte policière. De la même manière, Luigi Di Maio, face aux critiques de la presse, menace ces jours-ci d’enlever les fonds publics aux éditeurs. 

Koli Jean Bofane, écrivain d’origine congolaise, auteur entre autres des romans « Mathématiques congolaises » et de « La Belle de Casa » ne reconnait plus ce pays qu’il a tant aimé. 

« On a tous grandit avec la culture italienne, ses films, sa littérature. C’était un pays formidable, j’étais toujours accueilli merveilleusement bien. Mais qu’est-ce qui se passe aujourd’hui? En Afrique dans des pays bien plus pauvres que l’Italie, comme le Burundi ou la Tanzanie, on accueille des millions des réfugiés et en Italie on sème la terreur avec quelques centaines de milliers de migrants…Salvini se comporte de manière irresponsable, il fait de la mauvaise pédagogie. Je comprends que le peuple, avec la crise puisse avoir peur de la vague migratoire, mais justement le rôle d’un politique est de contenir cette peur et non pas de l’exploiter à ses fins. »

Et cette sonnette d’alarme tirée par l’Onu? « Ce n’est qu’un cri d’alarme face aux actes racistes en augmentation, la décision de Michelle Bachelet est juste. Par contre, la réponse de Salvini est pathétique: il menace d’enlever les fonds pour l’ONU. Je vis à Bruxelles et je connais un peu les affaires européens. L’Italie a reçu des dizaines des milliards pour gérer la crise migratoire et le chômage de jeunes. Vous pensez qu’une institution comme l’ONU va avoir peur de ces menaces? Les répercussions seraient plus désastreuses pour l’Italie. Lorsqu’on le provoque, Salvini menace. Il se comporte exactement comme les dictateurs africains que j’ai connu tout au long de ma vie. » 

Il faut croire que Salvini n’apprécierait guère cette comparaison. 

Eva Morletto

Une video de Garoches Mubenga- Le samouraï noir.

Le dernier roman de Koli Jean Bofane est « La Belle de Casa » Editions Actes Sud.

 

 

1 COMMENT

  1. ce n est pas l italie que je connais bien,ce salvini a un plan media clair,net et precis,faire parler de lui tous les jours,ce que je ne comprends comment le peuple italien a vote pour ce raciste au niveau le plus bas, iln a aucune elegance, il s habille comme un plouc,jamais il ne s exprime dans un bon italien. ce salvini sait il qu il y a 50 millions d italiens a l exterieur de l italie.ciao bella

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