Marina Ripa di Meana n’est plus. Les aventures sexuelles et la transgression, toujours au nom de la liberté, l’avaient rendue mythique. Hommage.  

Elle nous a quitté. La rebelle et effrontée comtesse Marina Ripa di Meana, un nom devenu synonyme de transgression, a affronté la maladie qui l’a emportée à 76 ans avec une attitude qu’elle n’avait jamais adoptée auparavant, pour rien au monde: la discrétion.

Les Français ne connaissent pas ce personnage et pourtant, elle a fait couler des fleuves d’encre dans les journaux italiens pendant plusieurs décennies. Si elle avait vécu pendant les années folles, elle aurait été une sorte de Kiki de Montparnasse, si elle avait vécu ailleurs qu’en Italie, elle aurait pu être une sorte de Peggy Guggenheim, amie, maitresse et mécène des grands artistes d’ avant-garde.

Mais, bien que déjà connue avant, il lui est arrivé de toucher le summum de la célébrité dans l’Italie des années 80. Une Italie gorgée d’hédonisme mais encore, comme aujourd’hui, peuplée par des armées de moralisateurs toujours prêts à s’exprimer, protégés par leur cuirasse d’hypocrisie, et par l’ombre solennelle de la coupole du Vatican.

Marina Ripa di Meana avait déserté ces armées depuis bien longtemps. Sa franchise, sa spontanéité faisait d’elle une femme libre, rare specimen dans le cirque médiatique transalpin.

Dans une Italie où des « bimbos » au cerveau creux et aux seins bien remplis présentent les émissions de télévision dédiées à la famille, le sexe est quelque chose qu’on respire partout mais qu’il ne faut surtout pas nommer.

Marina Ripa di Meana appelait les choses par leur nom.

Le sexe est le sexe. Et il peut-être poétique, fou, et amusant. A son image.

Elle n’avait pas peur de parler de ses nombreux amants, les artistes de la Rome légendaire de via Margutta, maudits par leur vie rebelle et bénits par la grâce de leur talent. Mais aussi les politiques et les industriels puissants tel Giovanni Agnelli, qui, lorsqu’il l’avait trouvée au lit avec deux jeunes peintres de la bohème romaine, se serait congédié avec élégance en disant: « j’ai horreur de la foule, nous sommes déjà trop nombreux ».

Marina fréquentait les écrivains et le gotha intellectuel de cette Italie des années d’or: Alberto Moravia, Goffredo Parise, Pier Paolo Pasolini étaient sa garde rapprochée, ses meilleurs amis. Ils adoraient cette muse effervescente, qui se nourrissait de provocations et de scandales, qui savait les doser à la perfection pour faire mousser sa célébrité, et qui au final, utilisait sa célébrité pour des fins bien moins frivoles que les apparences de son existence bien souvent caricaturée par les médias.

Un jour, dans le cadre sublime du théâtre milanais de La Scala, elle se presenta habillée dans un superbe robe blanche. Devant un austère public en smoking, elle renversa sur sa robe immaculée de la peinture rouge, pour protester contre les violences faites aux animaux.

Une autre fois, elle apparut nue, mettant l’accent sur ses poils pubiens, sur l’affiche de campagne de l’Ifaw (Fond International pour la protection des animaux)  accompagnée du slogan: « Voici la seule fourrure que je n’ai pas honte de porter ».

Elle était comme ça, une affreuse provocatrice qui dérangeait les bienpensants, une muse et une icone adorée par les anti-conformistes. Elle était belle en plus, avec ses boucles rousses, son regard malicieux, son sourire espiègle et un corps de déesse. On l’aurait dit sortie de certains films visionnaires, du genre fellinien, ou de « La grande bellezza » de Paolo Sorrentino, un de ces films où se mêlent grandeur et décadence, sublime et grotesque, les deux cotés de la même pièce, une pièce dont elle connaissait exactement la valeur.

On se rappellera d’elle, portant un improbable chapeau en forme de cage à oiseaux, avec ce regard plein d’ironie, qui nous disait tous bas que la chose la plus ridicule qu’on puisse faire dans une vie, c’est de se prendre au sérieux.

 

2 COMMENTS

  1. Je pense que son regard plein d’ironie, qui nous disait tous bas que la chose la plus ridicule qu’on puisse faire dans une vie, c’est de se prendre au sérieux, est le meilleur message qu’elle nous a laissé.
    Merci Marina et Au Revoir!

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