Les fêtes approchent, mais l’esprit de Noël ne semble vraiment pas être contagieux pour « Salvini-Scrooge ». Le Ministre de l’intérieur a en effet décidé de souhaiter à sa manière un joyeux Noël aux migrants, en appliquant le « decreto sicurezza » (décret sécurité), qui est une reforme sur les questions securitaires italiennes dont une grand partie est dédiée à la question migratoire. 

Si certains articles du décret peuvent être compréhensibles comme le retrait de la protection internationale pour les individus condamnés de manière définitive pour des crimes ou lésions graves (les mutilations génitales, les violences sexuelles ou les homicides, la Convention de Genève affirme d’ailleurs que chaque réfugié a le devoir de se conformer au loi et aux règlements du pays d’accueil), les autres mesures suscitent des vives critiques et inquiétudes chez les citoyens.

Le permis de séjour humanitaire de deux ans sera supprimé.

Ce permis donnait accès à l’emploi, aux services sociaux et aux plans d’aides mises en place par les mairies comme la formation au travail ou les cours de langue. Ces derniers outils étaient indispensables pour entamer le processus d’integration. Dorénavant tout sera plus compliqué. Le permis de séjour humanitaire sera en effet remplacé par des titres de séjour d’un an délivrés en cas de catastrophe naturelle dans le pays d’origine, de problème de santé ou d’exploitation au travail, soit une politique du cas par cas. 

Toute la stratégie du système d’accueil adoptée jusqu’à maintenant se retrouve ainsi démontée: puisque les fameux rapatriements tant souhaités par Salvini  prévoient des accords internationaux avec les pays d’origine, extrêmement compliqués à obtenir, de nombreux migrants seront renvoyés à la clandestinité, sans plan de formation, sans logement, et sans aucun aide. 

Le nouveau décret-loi inquiète particulièrement l’Association nationale des communes italiennes car « il efface d’un trait l’accueil à petite échelle, qui était l’unique voie pour éviter les tensions sociales ». Cet accueil mis en place par les mairies sera réservé essentiellement aux migrants mineurs non accompagnés. La plupart des demandeurs d’asile adulte seront parqués dans de grandes structures anonymes. 

L’objectif de Salvini est clairement de renvoyer la plupart des migrants économiques dans leur pays d’origine, mais comment? Depuis des années les accords internationaux avec les pays africains en matière de rapatriements tombent à l’eau. Les migrants se retrouveront ainsi coincés sur le territoire italien, privés de tout statut. Tous les efforts entrepris en terme d’intégration seront rendus vains, les nouveaux clandestins se retrouveront ainsi à devenir une proie facile pour les mafias et les réseaux criminels. 

Pierfrancesco Majorino, assesseur aux politiques sociales de la ville de Milan, estime qu’à cause des effets du décret-sécurité, dans les prochains mois Milan comptera 900 sans-abri en plus. 

L’Europe toute entière se montre encore une fois immature sur la gestion de la question migratoire. L’aberration du traité de Dublin n’a fait qu’alimenter le succès de la Ligue en Italie, ainsi que le manque de collaboration de la part des pays voisins, tels la France. 

Le pays des droits de l’Homme n’a en effet pas de grandes leçons à donner non plus . On pourrait juste rappeler à ce propos le renvoi de l’Aquarius avec à peine une cinquantaine de migrants à bord, ou le rapport accablant de l’Oxfam qui révèle les abus commis par les forces de l’ordre françaises sur les migrants mineurs à la frontière de Vintimille, ou encore les 60.000 euro journaliers dépensés en frais de sécurité pour protéger du flux migratoire clandestin la vallée de la Roya.  C’est dans cette même vallée que ses habitants, dont l’agriculteur Cedric Herrou, célèbre malgré lui, sont trainés devant les tribunaux pour « délit de solidarité » et traités comme des passeurs criminels alors que la vraie mafia des passeurs, elle, agit sans être dérangée. 

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