Eccoli i francesi che s’incazzano” (Voilà les français qui s’énervent), écrivent les internautes italiens sur les réseaux sociaux, en empruntant les paroles du chansonnier Paolo Conte, quand ils partagent les images du mouvement populaire des “gilets jaunes”, qui depuis le 17 novembre dernier a plongé les rues de France dans le chaos.

Souvent c’est un éloge, une attestation d’estime envers les cousins transalpins qui n’ont pas eu peur de lever la tête contre la hausse du prix des carburants, véritable symbole de l’hypocrisie d’un gouvernement qui évite malignement de parler de taxation en se protégeant derrière le paravent moralement correct de la transition écologique. 

C’est une façon pour dire que les français, au moins, ils font quelque chose, alors que les italiens ne font que subir. “Nous on n’est plus capable de s’énerver, on mettrait le gilet jaune seulement si Chiara Ferragni nous disait de le faire” – a critiqué l’humoriste Maurizio Crozza dans un de ses récents monologues à la télé en faisant référence à la célèbre fashion influencer italienne.

l n’a pas tort. Les italiens auraient bien raison de se mobiliser aussi. En Italie, d’ailleurs, les carburants sont plus chers qu’en France – 1,87 contre 1,68 dollars par litre d’essence et 1,77 contre 1,69 dollars par litre de gasoil -, et le même discours vaut pour les salaires moyens dans les deux pays : 2.643,3 dollars par mois en 2016 en Italie contre 3.226,7 dollars en France. Un point, ce dernier, qui n’a pas échappé à une partie de l’opinion publique italienne, choquée par le fait que les français qui manifestent, c’est-à-dire les gens qui appartiennent à la France rurale, appauvrie et abandonnée, constamment humiliée par les élites parisiennes, ne se rendent pas compte, au final, d’être des privilégiés.

Pourtant, le mouvement des gilets jaunes, loin d’être une marque de fabrique cent pour cent française, donne plutôt l’air d’un déjà-vu en Italie. Plusieurs journaux, en effet, ont trouvé opportun de mettre en relation le mouvement français des “gilets jaunes” avec la révolution italienne des soi-disants “Forconi” (Les fourches), qui date du décembre 2013. 

Selon Leonardo Bianchi, auteur d’un article publié sur Vice en Italie, la composition socio-économique des deux mouvements serait la même, tout comme les modalités organisationnelles fondées sur l’utilisation des réseaux sociaux – notamment Facebook -, le style un peu bricolé adopté pour la communication, le ralliement des certaines personnalités du show biz, la paranoïa vis-à-vis de la censure de la part de la presse et l’intime conviction que même la police puisse, tôt ou tard, rejoindre le mouvement. Un parallèle qui semble tout à fait pertinent si on ne considère ni l’ampleur des protestations – les gilets jaunes sont beaucoup plus nombreux – ni la connotation politique beaucoup plus ouvertement de droite dans le cas des Forconi, là où les “gilets jaunes” se fédèrent plutôt autour de l’axe qui oppose la périphérie au centre du pays, les plus pauvres et les plus riches, droite et gauche confondus. 

En tout cas, ce qui est vraiment important est que les “gilets jaunes”, tout comme les “Forconi”, incarnent un nouveau modèle de protestation sociale qui est capable de canaliser un mécontentement qu’aucun parti ne semble capable de représenter.

Mais selon le journaliste de Linkiesta Andrea Coccia, par exemple, celle des gilets jaunes ne serait qu’une guerre entre pauvres, “la réaction aveugle et enragée d’une classe moyenne divisée qui lutte pour garder des faux privilèges” et qui, en gros, droguée par le consumérisme sauvage, ne serait plus capable de se projeter dans l’avenir, de penser l’écologie comme un souci majeur et de se rendre compte qu’une voiture n’est qu’un piège, une simple illusion de liberté.

Cela dit et au-delà des différentes opinions sur le sujet, il est certain que le gouvernement italien est en train de suivre avec beaucoup d’attention ce qui se passe en France en ce moment. Comme nous le rappelle Antonio Sileo sur Il Foglio, en effet, les italiens devraient se rappeler les promesses que Salvini et les Cinq Étoiles ont tenu pendant la campagne électorale et qui ont été mentionnées dans le contrat de gouvernement: “Il est nécessaire de commencer par la réduction de l’utilisation des moteurs à essence et au gasoil afin d’atteindre les objectifs contenus dans l’accord de Paris”, en toute continuité avec la règle communautaire du “plus on pollue, plus on paye”. 

Est-ce qu’on verra, du coup, des gilets jaune aussi en Italie? Si c’est vrai que les italiens se soucient beaucoup du style, il faudra demander à Chiara Ferragni, pour que le jaune revienne à la mode.

Federico Iarlori

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