Pourtant il avait remarquablement bien commencé. Des couvertures de Vanity Fair aux bisous sur la joue joufflue de Mme Merkel, Emmanuel Macron travaillait avec acharnement à son storytelling, un travail d’orfèvrerie communicative, a lui seul capable de le transformer en une sorte de Big Gatsby de la politique.

 Mais Emmanuel Macron a hélas au un accident,  de train. Il a glissé sur les rails de la SNCF et sur celui du syndicat têtu des cheminots. 

Le mécontentement général se répand comme une épidémie de grippe sans vaccin, en contaminant aussi les infirmières et les aides soignantes, les enseignants, le personnel des aéroports, les étudiants universitaires, les écologistes de Notre Dame de Landes et les retraités à qui on demande des efforts en augmentant la CSG. 

Vu de l’étranger, c’est comme si tout d’un coup le masque glamour du jeune président tombait et que se révélait une nature moins étincelante, celle d’un habile instrument politique entre les mains des lobbies et des actionnaires. 

La gauche « mélanchoniste » aime donc rappeler à Macron que tout au début du mandat, une des premières mesures fut la suppression de l’ISF, l’impôt sur la fortune des plus aisés. « Ainsi, les plus riches pourront investir dans nos entreprises », comme il l’a encore souligné dans sa dernière interview avec Jean-Pierre Pernault sur TF1.  

Bonne idée, sauf, que, une fois l’ISF supprimée, personne n’a pensé qu’il aurait fallu demander aux riches si effectivement ils allaient investir « dans nos entreprises ». Car aucun justificatif n’est requis, on ne saura donc jamais si cet argent sera utile aux entreprises ou s’il finira à se dorer la pilule dans les paradis fiscaux. 

Macron démontre ainsi qu’il se fie aveuglement aux millionnaires.

En Italie, où on avait pourtant adoré ce jeune et brillant orateur dynamique qui avait redoré l’image de l’hexagone dans le monde, on remarque surtout que le Président français se fie beaucoup aux millionnaires mais un peu moins aux chômeurs, aux cheminots et aux pauvres en général.

 

Et surtout il ne se fie pas du tout aux migrants. 

De nombreuses voix italiennes se font entendre, indignées face aux contrôles aux frontières qui se transforment même, parfois, en irruptions de policiers françaises sur le territoire italien. 

Le ton devient plus amère et on aperçoit une certaine désillusion. 

 Il y a une dizaine de jours, des douaniers français ont fait irruption dans une salle de Bardonecchia, occupée par un ONG, Rainbow4Africa, engagée dans l’accueil aux migrants. Ils voulaient faire des test sanitaires sur un jeune nigérien arrêté sur un train et suspecté de transporter des stupéfiants. 

L’ONG italienne a protesté mais les gendarmes français les ont fait taire. 

La vérité est que, quoi qu’en dise le Ministre Darmanin, les gendarmes n’avaient aucun droit de se retrouver là, sur sol italien, à exercer leurs contrôles. Et ils le savaient. 

Fin de l’histoire et début d’une polémique qui n’est toujours pas retombée aujourd’hui encore.

  Emmanuel Macron vient aussi tout juste de s’adresser aux catholiques français, en les invitant à retourner dans « le cercle républicain » à « contribuer à la vitalité de la démocratie ». En parlant religion, il devrait peut être se rappeler de quelques principes chrétiens de base, comme la solidarité, où cette fraternité qui apparait dans les trois mots qui définissent la république. 

On a du mal à voir la solidarité dans la récente mort de Beauty, une jeune nigérienne à qui les gendarmes français ont refusé le passage en France (ses documents étaient en règle, mais pas ceux de son mari). Beauty était enceinte et malade. Cette nuit là, lorsque par 0°, les gendarmes français l’ont abandonnée dans la gare de Bardonecchia, des bénévoles italiens l’ont accompagné dans un hôpital turinois, où elle a accouché de son bébé, et elle est morte ensuite. 

On a du mal aussi à voir la solidarité et la fraternité lorsque l’on regarde la vidéo tourné en cachette par les passagers d’un des TGV qui relient Turin à Paris, lorsqu’une autre famille nigérienne, avec des enfants en bas âge, est littéralement poussée hors du wagon entre les cris et les voix des présents qui supplient les gendarmes de les laisser tranquilles.

 

Daniele Bollero, médecin turinois qui travaille dans un des hôpitaux de la ville qui accueillent les migrants de Bardonecchia, raconte «  ils arrivent avec les pieds congelés, blessés par le froid, on les retrouve dans la neige les pieds nus. Parfois, une fois dans la vallée,  ils se rendent compte que le fait de traverser les montagnes pour fuir les contrôles des douaniers français est extrêmement dangereux et ne s’y essaient même plus. Nos hôpitaux et nos centres débordent » 

Même constat de la part du photo-reporter Paolo Siccardi. Paolo est reporter de guerre, son exposition au Musée de Risorgimento à Turin, « Arma il prossimo tuo » sur les conflits dans le monde qu’il a témoigné, a un grand succès en ce moment. Paolo en a donc vu des guerres, mais il regarde ému ce qui se passe dans « ses » montagnes: « les gendarmes français sont devenus impitoyables, la situation est de plus en plus difficile pour les autorités italiennes, le travail des bénévoles ne suffit plus ». 

Mais à Paris les voix de Bardonecchia ne se font pas entendre. Elles s’étouffent dans la neige des Alpes et Macron ne les écoute pas. Le président français n’est plus si glamour. 

Eva Morletto

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