Le jour où Cosa Nostra perd son « chef des chefs », Totò Riina, 87 ans, la mafia calabraise, la redoutable ‘ndragnheta reste plus forte que jamais.

Cette dernière et l’Etat Islamique s’entendent à merveilles.

Depuis quelques mois, ils ont intensifié leur business sur le marché du captagon et du tramadol, les « drogues du combattant », dont les traces avaient été retrouvées dans les cachettes des terroristes du 13 novembre, dans le refuge de Salah Abdeslam en Belgique et dans le sang d’un des assassins qui avaient semé la terreur à Sousse, en Tunisie.

Près du port commercial calabrais de Gioia Tauro, le 3 novembre dernier la Brigade financière a saisi 24 millions de comprimés de tramadol, pour une valeur totale de 50 millions d’euros.

La drogue venait d’Inde et était destinée à la Libye, d’où elle aurait du être expédiée vers les territoires contrôlés par Daesh.

Chaque comprimé de tramadol (principe actif à la base de plusieurs médicaments anti-douleur, dérivé des opiacés, contrairement au captagon qui est un stimulant) est vendu autour de deux euros: le marché clandestin de cette drogue est une source de revenus hors pair pour les terroristes, et un excellent moyen pour motiver les troupes et les kamikazes. Le tramadol et le captagon annihilent la fatigue, la douleur et la peur.

Si le marché de cette puissante méta-amphétamine était basé dans les années 90 en Arabie Saoudite et aux Emirats, depuis une décennie, selon les information de la DEA américaine, la production s’est délocalisée en Europe Orientale, principalement en Bulgarie. En avril, 120 kilos de captagon ont été interceptés à Sofia, capitale du pays.

L’opération de Gioia Tauro a été organisé, entre autres, par la Brigade financière de Gênes. C’est en effet dans ce port du nord de l’Italie qu’en  mai dernier, les autorités avaient déjà saisi 37 tonnes de comprimés de la fameuse « drogue du jihadiste ». Cette fois aussi, les trois containers qui cachaient les substances illicites étaient destinés à la Lybie et venaient d’Inde.

Une partie des comprimés sont vendus par Daesh au Sahel, en particulier dans les territoires contrôlés par Boko Haram. Le tramadol et le captagon seraient en effet utilisés dans l’entrainement des enfants soldats.

Interviewé par le quotidien Repubblica, le procureur calabrais Gaetano Paci évoque un détail inquiétant: « pour passer par le port de Gioia Tauro, les trafiquants doivent avoir demandé la permission aux clans mafieux locaux: la puissante ‘ndrangheta » a affirmé le juge.

L’enquête sur les liens entre cette mafia, qui a transformée en une décennie la Calabre en plaque tournante mondiale du marché de la cocaïne, et les trafiquants de l’Etat Islamique, est en cours.

Après la chute de Raqua, de Mossoul et la perte de territoires subis par l’EI, ce dernier a perdu le contrôle  de puits de pétrole, principale ressource du régime islamiste. L’or noir ainsi que le traffic d’oeuvres d’art qui a suivi le pillage de sites archéologiques (tel que Palmira en Syrie) finançaient les activités de Daesh avant les attaques des alliés et la capitulation des villes principales.

Désormais, pour se financer, Daesh doit se concentrer sur le marché de la drogue et le trafic d’êtres humains. La Libye devient donc l’endroit clé pour le business de l’EI.

Pour faire prospérer ces trafics, les islamistes ont  besoin du soutien des organisations les plus actives dans le marché des stupéfiants, n’drangheta en premier. La mafia calabraise, à son tour, tisse depuis des décennies des forts rapports avec les cartels mexicains et colombiens. C’est ainsi qu’aujourd’hui, la DEA américaine suspecte Daesh d’avoir des cellules actives dans l’Etat de Chihuahua, au Mexique, près de la frontière avec les Etats Unis, grâce à l’intermédiaire des calabrais. Toujours selon la DEA, une des bases de l’EI serait à Anapra, à l’ouest de Ciudad Juarez.

L’Isis Holding ne connait pas de frontières. Ni de scrupules.

Eva Morletto

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here