Une querelle juridique entre les verdicts du tribunal de Boulogne et celui de la Cour Suprême (Cassation) fait débat dans l’opinion publique italienne depuis quelques semaines.

L’objet? Permettre ou non à Totò Riina, 86 ans, le « Chef des Chefs » de la mafia sicilienne, emprisonné dans l’institut pénitentiaire de Parme, de « mourir dans la dignité » compte tenu de ses conditions de santé précaires, en suspendant sa peine pour l’hospitaliser ou l’assigner à résidence. 

La Cassation a accepté le recours présenté par les avocats défenseurs du chef mafieux, alors que le tribunal de Boulogne l’avait refusé. L’Italie s’est ainsi partagée en deux. D’un côté il y a ceux qui considèrent que Riina devrait avoir droit à un traitement qui tienne compte de son âge et de son état physique. De l’autre, on retrouve ceux qui pensent qu’étant donné le danger criminel que représente le Boss et du fait qu’il n’ait jamais exprimé aucun signe de repentir pour ses actes atroces commis pendant son interminable carrière criminelle, il ne devrait avoir droit à aucun traitement de faveur.

Mais qui est Totò Riina, et pourquoi l’Italie est-t-elle si secouée face au destin d’un vieux mafieux malade?

On le surnommait «  Curto » pour sa petite taille, ou encore « La Belva », la bête féroce, pour son manque de pitié, son sadisme et sa détermination qui l’ont conduit à la tête d’une des mafia les plus puissantes du monde et jusqu’à côtoyer les plus hautes sphères du pouvoir politique en Italie.

Totò Riina a semé la terreur en Sicile depuis les années Cinquante, jusqu’à la tristement célèbre « saison de massacres » des années 90, pendant laquelle ont trouvé la mort des juges comme Rocco Chinnici, Paolo Borsellino et Giovanni Falcone,  et des politiques comme le démo-chretien Salvo Lima, point d’union, avec l’ancien maire de Palerme Vito Ciancimino, entre mafia et gouvernement. 

Le doute a miné la santé du Parti Démocrate chrétien pendant longtemps:

Totò Riina était-il oui ou non un des hommes de main de Giulio Andreotti? 

Y avait-il des accords secrets entre la mafia et l’Etat pour éliminer des adversaires politiques, des juges, et des journalistes? 

Ce qui est certain c’est que Giulio Andreotti rencontra au moins un chef mafieux, Stefano Bontate, en 1980. Selon les révélations du repenti de la mafia Marino Mannoia, Bontate avait promis à l’ancien Premier Ministre le soutien de Cosa Nostra lors des élections en Sicile. Le chef mafieux a ensuite été tuée par le clan des Corleonesi, dont Riina était le lieutenant, et le pouvoir de ce dernier n’a fait que augmenter.

Les nombre d’homicides commis ou commandités par Riina est impressionnant, le chiffre tourne autour de 500. Celui qui a le plus ému l’opinion publique a certainement  été l’assassinat d’un enfant, Giuseppe di Matteo, fils du repenti Santino Di Matteo. Pour se venger de la décision de ce dernier de collaborer avec la justice, le truand ordonna le kidnapping du petit Giuseppe, alors âgé de 13 ans, qui sera retenu en otage pendant 779 jours, dans des conditions effroyables. Les kidnappeurs se déguisèrent en officiers de la DIA (police anti-mafia) pour faire croire au petit qu’ils l’emmenaient voir son père alors en prison. L’enfant, heureux, ignorait que ce moment allait marquer le début de son calvaire. Il sera étranglé après deux ans de détention, son corps sera dissout dans l’acide pour ne pas laisser de trace.

La mafia n’a pas de pitié, des chefs comme Riina ou le défunt Bernardo Provenzano incarnent à la perfection des valeurs sinistres axées sur une violence extrême, sur la terreur, et sur un cynisme cruel et calculateur. La mafia a ses codes et Riina les a tous appliqués. Parmi ceux-ci, il y a les sentences de mise à mort décidées lorsqu’un autre mafieux essayait de s’accaparer une partie des bénéfices sur un territoire déjà « géré » par un autre clan.

 

Francesco La Bua commit cet affront et Riina appliqua « le code »: la peine appliquée dans ce cas? Faire dévorer ses ennemis, vivant si possible,  par des cochons. Riina l’a fait, et jamais un seul instant pendant sa sombre carrière au contexte violent digne d’un film de Tarantino, il n’a montré un seul signe de doute.

Il a été condamné à 17 fois à la perpétuité.

Mais même lors des maxi-procès des années 90, lorsque les têtes de Cosa Nostra ont commencé à tomber les unes après les autres, il arrivait à diriger ses hommes directement depuis la salle du tribunal, en faisant des gestes devant les caméras qui le filmaient.

Ces gestes étaient des codes pour ses hommes, ils avaient les clés pour les interpréter, ils savaient quoi faire. Même derrière les barreaux, Riina a continué à tuer et à nourrir son omnipotence. Le chef des chefs représente l’âme noire de l’Italie corrompue, et c’est bien pour cela que les Italiens ont une peur presque superstitieuse à le faire sortir, malade ou pas.

« La bête féroce » selon l’opinion publique, doit rester en prison, derrière les murs de l’oubli.

D’ailleurs, Rita Dalla Chiesa, fille du général Carlo Alberto, préfet de Palerme tué sur ordre de Riina en 1982 l’a bien dit: « Mourir avec dignité? Est-ce que mon père, sa femme, et toutes les victimes de Totò Riina ont pu mourir avec dignité? Posez-vous la question, et vous saurez quoi faire ».

Son père, le préfet, général, héros de la Libération et protagoniste de la lutte contre le terrorisme des Brigades Rouges et contre les mafia, aurait été en possession de dossiers compromettant pour le gouvernement Andreotti, détaillant les relations entre mafia et Etat.

La décision définitive sera prise par les juges le 7 juillet.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here