La tragédie d’Ustica tient les Italiens en haleine depuis bientôt 40 ans

1980: un sombre été

Au début de l’été 1980, les Italiens ne savent pas qu’ils vont vivre en très peu de temps deux des plus grandes tragédies de l’histoire de leur pays.

Le 2 août 1980 une bombe placée dans la gare centrale fait 85 morts et 200 blessés. La ville était encore sous le deuil d’une précédente tragédie.

Un mois plus tôt, le 27 juin 1980, sur la mer qui entoure l’ile de Ustica, un avion DC-9 de la compagnie Itavia, explose en plein vol en faisant 81 victimes, parmi lesquelles de nombreux enfants. L’avion était parti de Boulogne et allait atterrir sur Palerme. Ce qui s’est passé durant ce vol, reste entouré d’une aura de mystère depuis bientôt 40 ans.

France, Lybie et le « muro di gomma »

Les familles des victimes du crash aérien se battent depuis des décennies contre une omerta qui a été définie depuis par « il muro di gomma » (littéralement « le mur de caoutchouc »).

Au premier rang des accusés se trouve la France. En 2007, l’ex-président de la République Francesco Cossiga attribue les responsabilité du crash à l’aviation militaire française: les français auraient dirigé contre l’appareil civil un missile destiné à abattre un avion qui empruntait le même espace aérien où se trouvait semble-t-il Mouammar Khadafi.

Les magistrats italiens se sont penchés sur l’affaire pendant des longues années, ils ont écouté environ 4000 témoignages. Sur les restes de l’avion ont été retrouvées des traces d’explosif TNT e T4. Pendant un certain temps on a accrédité la théorie d’une bombe à l’intérieur de l’appareil. Plusieurs autres éléments ont ensuite dirigé l’enquête vers l’hypothèse de l’intervention d’un ou plusieurs avions militaires dans la zone. Le 18 juillet 1980, la carcasse d’un MIG appartenant à l’aviation libyenne est retrouvée sur les montagnes de Calabre. Une première autopsie sur le corps du pilote établit que la mort est récente. Mais une contre-analyse contredit les résultats du premier examen: le corps est en état de décomposition avancée et sa mort pourrait donc remonter au 27 juin, jour de l’explosion du DC-9.

Le cas Ifremer

Sept ans plus tard, en 1987, le Ministère italien du Trésor débloque des fonds pour récupérer la carcasse de l’avion. Parmi les sociétés qui entrent en concurrence pour effectuer l’opération, la française Ifremer sort gagnante. Toutefois, lorsque les travaux commencent, Ifremer fait immédiatement l’objet de doutes et de critiques: Le grand reporter de Repubblica Giuseppe D’Avanzo, disparu en 2011, avait écrit, le 20 juillet 1991 un très intéressant article sur l’interrogatoire de neuf heures décidé par la commission d’enquête et subi par Pierre Papon et Jean Roux, respectivement président de l’Ifremer et responsable de l’opération de récupération du DC-9.

L’Ifremer a ramené à la surface une partie des restes de l’avion. Ensuite, alors que 70% de l’épave gisait encore dans les fonds marins, la Marine italienne a décidé de mettre un arrêt à l’opération menée par l’Ifremer, et de remplacer cette dernière par l’américaine Winpol. Un point trouble à éclaircir concernait une partie du fuselage. La récupération de cette dernière avait était filmée par des chaines de télévision. On y voyait un grand morceau blanc avec écrit dessus « Itavia ». Dans le hangar de Pratica di Mare en Sicile où les restes du DC-9 ont été conservés pendant des années, cette partie n’est jamais arrivée en entier. Jean Roux s’était justifié ains: « nous pensions qu’il s’agissait d’une partie de l’aile et non pas du fuselage ». Mais il s’agissait bien du fuselage car seulement cette partie affichait sur les deux cotés de l’avion le nom de la compagnie. Bien évidemment les responsable de la récupération étaient censés le savoir. Selon les experts, cette partie de l’avion aurait été de capitale importance pour l ‘enquête car on a estimé que l’explosion aurait eu lieu entre la cabine des pilotes et les premiers rangs des passagers, donc exactement sur le point où le fuselage porte à l’extérieur l’inscription « Itavia ».

Le juge Rosario Priore, un des magistrats les plus réputés pendant les Années de Plomb en Italie, déjà en première ligne dans les principaux procès contre les Brigades Rouges, accusa l’Ifremer d’être liée aux services secrets français et d’oeuvrer pour couvrir des preuves importantes.

Documents disparus et morts mystérieuses

Durant l’enquête sur le drame d’Ustica, d’importants documents ont tout simplement disparus, notamment les enregistrements radar relatifs à la journée du 27 juin effectués dans les stations de Grosseto et de Marsala, et des témoins capitaux ont perdu la vie dans des circonstances étranges.

C’est le cas du maréchal Mario Alberto Dettori, officier de l’aviation militaire italienne et ex responsable du centre radar de Poggio Bellone (Grosseto, en Toscane). Dettori, pendant les jours qui ont suivi le massacre d’Ustica, aurait confié à sa femme « On a été à deux pas de la guerre » sans jamais vouloir détailler ce qui se passa ce jour. Dettori fut retrouvé pendu, dans un bois loin de chez lui, six ans après le crash, en 1987. Les autorités ne jugèrent pas utile d’effectuer une autopsie, malgré les protestations de la famille qui n’a jamais cru à l’hypothèse du suicide.

Il y a quelques semaines seulement, 30 ans après la mort du témoin,  sa fille Barbara a réussi à obtenir du tribunal de Grosseto l’autorisation d’exhumation du corps de Dettori. L’institut de médecine légale de Sienne est chargé de l’autopsie.

« Je n’ai jamais cru au suicide de mon père » se confie Barbara à un journaliste du quotidien Repubblica. « Mon père avait très peur, il était obsédé par l’affaire Ustica ».

Dans les prochaines semaines on saura si la bataille d’une fille pour reconstituer la vérité sur la mort de son père, fournira des indices pour résoudre un des plus sombres mystères italiens.

A suivre…

 

 

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