La ‘ndrangheta est depuis des années à la tête du traffic de cocaïne mondiale. Ces dernières années ses chefs ont transféré leur quartier général dans le nord du pays, dans la paisible campagne autour de Turin. 

« La cocaïne? On l’achète en Colombie à 1200 euros le kilo, on la revend en Europe à 40.000. » L’explication donnée par Nicola Gratteri, juge procureur à Catanzaro (Calabre) laisse bouche bée. Les opérations organisées par l’ndrangheta calabraise pour acheminer la cocaïne de l’Amérique du sud vers l’Europe n’ont rien à envier aux coups spectaculaires orchestrés par Pablo Escobar dans la populaire série Narcos programmée sur Netflix.

Plusieurs personnages très puissants et haut en couleur ont transformé le Piémont en plaque tournante du trafic mondial de stupéfiants. La mafia n’est pas qu’une affaire qui concerne le sud du pays, désormais, les grosses affaires se font à Milan et à Turin.

Dans le secteur du bâtiment, la mafia, d’abord sicilienne puis calabraise, a doucement mais surement grignoté de larges parts du marché, particulièrement en ce qui concerne les appels d’offre en vue des grands travaux publics

Nous avions d’ailleurs déjà parlé des liens entre le projet de la TAV (train à haute vitesse Turin Lyon) et la mafia calabraise qui a infiltré les conseils communaux des mairies piémontaises.

Plusieurs élus, au sein des communes et du conseil régional, ont du rendre des comptes à des chefs mafieux capables d’influencer très fortement la politique locale.

Mais c’est surtout la cocaïne qui sert à enrichir les caisses de la ’ndrangheta. avec un chiffre de gain record estimé à 44 milliards d’euros par an.

Parmi les « boss » il y a certainement eu les frères Francesco et Pasquale Mirando, parmi les plus puissants brokers du trafic international de cocaïne. Giuseppe Legato, journaliste d’enquête à La Stampa, le quotidien dont la rédaction est basée à Turin, a retracé les pas de ces redoutables criminels et de leurs successeurs.

Originaires de la ville calabraise de Plati, puis arrivés à Volpiano, dans la banlieue turinoise, les deux frères Mirando ont dicté la loi pendant plusieurs années. Leur réseau était remarquable. Dans le carnet d’adresse de Pasquale on a trouvé les contacts d’ex-armateurs, d’ex-officiers du KGB russe, et d’ex-membres de la DEA américaine.

En 1994 dans une des propriétés du clan Mirando, à Borgaro, toujours dans la banlieue turinoise, la police italienne a saisie la quantité colossale de 5500 kg de cocaïne. Leur saga se conclue en 2002, lorsque Pasquale est tué.

La tête du cartel italien est pris ensuite par « Il gordo », le gros, Roberto Pannunzi, défini sans demi mesure par les enquêteurs comme le nouveau Pablo Escobar.

Ex-employé de Alitalia,  Pannunzi, avec son air paisible de géomètre de province, dirige en tout puissant le marché de la drogue entre la Colombie et l’Europe.

Si jamais un container chargé de cocaïne n’arrive pas à quitter le port en Amérique du Sud , Pannunzi achète le porte container, corrompt l’équipage, ménage les douaniers et finalement la marchandise arrive. Rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Mais sa gloire aussi a un terme.  En 2013, il est arrêté à Bogota suite à une fuite d’information interne au cartel. Son successeur arrive bientôt: il s’appelle Pasquale Bifulco. Ce dernier a grandi dans le triangle de villages calabrais enrichis grâce au kidnapping de riches industriels du Nord pendant les années 90.

Bifulco partage le marché avec Nicola Assisi. On sait que ce dernier est parmi les 5 brokers du trafic de drogue provenant de l’Amérique latine, les plus puissants au monde. Il possède une villa dans la campagne piémontaise, dans la commune de San Giusto. Les policiers on passé au peigne fin la propriété, tout le jardin a été fouillé. Résultat: 4 millions d’euros en liquides cachés dans un tonneau enterré dans le potager et 26 Rolex dissimulés dans le ciment  qui constituait le rebord d’une fenêtre. Il a fallu cinq heures pour compter tout l’argent.

Assisi est arrêté en 2014 au Portugal. Il paya un excellent avocat qui lui permît d’être assigné à résidence. Depuis il est disparu, il est dans la nature et continue à maintenir son rôle d’»architecte de l’ombre » dans la vie des cartels sud-américains. Il parait qu’il vit à Sao Paulo, épaulé en Italie par son fils Patrick. Assisi gère les contacts avec le groupe criminel le plus dangereux du pays,  le PCC (Premier Comando Capital), maitres incontestés du trafic de drogue au Brésil. Son visage est actuellement inconnu, car le mafieux s’est prêté à de nombreuses interventions de chirurgie plastique pour rendre ses traits méconnaissables.

Narcos continue, mais ses protagonistes n’ont désormais plus rien d’exotique. Ils ont grandi juste à deux pas de notre porte.

Eva Morletto

 

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