La confusion en politique est à son summum en ce moment en France. Les un après les autres, les grands favoris et les candidats sortant à  la course à l’Elysée ont été au centre de buzz empoisonnés et de scandales. La déception de l’électorat est immense, les sondages sont en chute libre. Hollande, Valls, Juppé, Sarkozy sont tombés. A cette liste funeste vient de s’ajouter ces derniers jours le super-favori, celui qui, il y a à peine deux mois, était déjà donné comme gagnant. François Fillon, ex premier ministre et  vainqueur des primaires républicaines, était considéré comme le seul capable de barrer le chemin de Marine Le Pen et de protéger la France du tsunami populiste anti-européen du Front National. Mais le candidat aujourd’hui a fini dans le broyeur des média. Mais aussi sous l’oeil attentif de la magistrature. Il pourrait être incriminé pour des questions qui, quoi qu’il arrive, détruisent l’image de rigueur morale, de cette transparence institutionnelle, de ce model d’intégrité et de sobriété  qui lui avaient permis de l’accréditer aux yeux des Français, en prenant des distances par rapport à ce lot d’affaires troubles qui a marqué l’époque Sarkozy.

La France a découvert que son épouse, Pénélope, femme au foyer, mère dévote et toujours dans l’ombre, recevait un salaire d’assistante parlementaire de son mari et de somptueuses rémunérations par la prestigieuse « Revue de deux Mondes », celle qui vante les signature de Marcel Proust et un des (peu connus) fondateurs de la Patrie italienne, Alexandre Bixio, frère de Nino (« La gloria è il sole dei morti » Massimo Nava, éditions Ponte delle Grazie). Rien d’illégal, sauf que Pénélope apparemment n’a jamais travaillé. Il s’agirait donc d’un emploi fictif, malgré un montant de salaires qui s’approche de 900.000 euros. Ces dernières heures on commence à parler aussi d’une société de consulting (2F) qui aurait contribué au trésor de la famille. Rien d’illégal, encore une fois, mais il faut expliquer tout cela aux millions de Français qui se serrent la ceinture et à qui on claque la porte au nez si jamais ils souhaitent aider leur propre fils ou leur propre fille à trouver un travail.

La défense de Fillon a été maladroite et même gênante, mes concitoyens pourraient dire « peggio il rammendo del buco » («la réparation est pire que le trou dans le tissus »).

Fillon a admis que les montants perçus -régulièrement déclarés au fisc parait-il,  mais il a hurlé au complot de l’opposition et n’a pas réussi à démontrer le caractère non-fictif de l’emploi son épouse. Les Français ne le croient plus, les sondages s’effondrent, et nombreux républicains commencent à réfléchir à un candidat de substitution, peut-être à Alain Juppé, un autre parmi ceux qui avaient été donné par gagnant lors des primaires. Mais celui vient de déclarer qu’il ne serait pas « le candidat de substitution ».

L’orgueil et la certitude d’être les meilleurs jouent des tours. L’histoire française se répète impitoyablement: Giscard, Balladour, Jospin, Barre, Royal, Strauss Kahn, tous tombés alors qu’ils étaient proche de la victoire. Si la droite est mal en point, la gauche ne s’en sort pas très bien non plus. La victoire de Benoit Hamon aux primaires socialistes a fait prendre au parti un virage radical vers la gauche qui voit la bénédiction des classes les plus pauvres mais qui pourrait provoquer une scission. L‘aile réformiste, proche de Manuel Valls, regarde ailleurs, surtout vers Emmanuel Macron, en effet la plus grande surprise de cette campagne. Ex banquier, ex ministre de l’Economie dans le gouvernement Hollande, Macron est en train de conquérir des positions dans le centre-gauche et dans le centre-droit sur une ligne « lib/lab » néo-gaulliste, populaire et en même temps attentive à la France nouvelle, plus dynamique et assoiffée de réformes. Macron a 39 ans, il est brillant, élégant. Encensé par la presse, il commence à plaire au peuple. Homme de l’establishment, à qui fait déjà la cour le beau monde parisien, de Alain Minc à Jacques Attali, Macron arrive quand-même à se présenter comme un self made man  qui sait parler aux gens. Candidats écrasés par les scandales, droite en pleine crise, absentéisme, populisme grandissant, gauche en morceaux: la France a définitivement fermé les portes au bi-partisme parfait. Deux droites, trois gauches, un grand centre se disputent l’Elysée. On reste dans l’attente de l’homme nouveau, en dehors des schémas, possiblement jeune, avec un pouvoir messianique. Ça ne ressemble pas à une histoire française, plutôt à une histoire italienne…

 

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