À l’étranger, on continue de féliciter Renzi pour la lente diminution du nombre de chômeur, en montrant quelques inquiétantes amnésies car l’Italie affiche tout de même le taux d’emploi le plus bas d’Europe après la Grèce et la Turquie, surtout au niveau de l’emploi des jeunes. Les diplômés continuent en masse de fuir le Bel Paese, mais les chiffres croissants de ceux qui partent ne semblent pas inquiéter le Ministre du Travail Guliano Poletti, qui, juste avant Noël, histoire de réconcilier tout le monde devant le sapin, a affirmé, sans aucune gêne: « Ils partent? Ils nous manqueront pas, l’Italie n’a pas besoin d’eux ». Bon voyage, les jeunes, bye bye… Pour ceux qui restent, depuis quelques années, et en sourdine, l’Etat a mijoté une surprise; une nouvelle classe sociale est prête à accueillir les travailleurs qui débutent dans le rutilant monde de l’emploi: celle des « voucheristes ». Entre ceux qui enchaînent les boulots précaires et ceux (rares) qui bénéficient d’un contrat fixe – ou de quelque chose qui lui ressemble, vu que le Job Acts de Renzi a vidé le CDI de son sens, en le transformant en « contrat à garanties croissantes » – un abysse s’est formé, un véritable régime d’apartheid sépare désormais les uns et les autres. Voici donc un « boom » de « voucher travail » distribués à ceux qui veulent travailler de nos jours.

Qu’est-ce que c’est un « voucher travail »? 

Il s’agit d’un bon qu’on achète chez le buraliste (oui, oui! comme les tickets du loto…) et qui affiche un montant fixe – 10 euros- qui correspond au salaire horaire minimum versé au travailleur. Ce montant est brut, une fois enlevés les charges, le travailleur touchera 7,5 euros de l’heure.

On commença à parler de voucher sous Berlusconi avec la réforme du Travail appelée « legge Biagi » (du nom de son promoteur Marco Biagi, professeur du droit du travail assassiné en 2002 par les Nouvelles Brigades Rouges). Le voucher a été proposé pour contrecarrer le travail au noir, très répandu dans certains secteurs en Italie notamment dans l’agricole. Il permettait aux travailleurs d’être déclarés dans les grandes propriétés foncières du sud en particulier, où le travail dans les champs pour les saisonniers s’apparentait souvent à de l’esclavage. Les successives réformes du Travail, la « Fornero » sous le gouvernement Monti et puis le fameux Job Acts de Renzi ont toutefois modifié cette pratique de paiement, en supprimant, tout simplement, les limites des secteurs où le voucher pouvait être utilisé jusque là et en supprimant aussi sa définition de « prestation occasionnelle ». Cela a eu pour résultat qu’aujourd’hui, dans pratiquement tous les secteurs d’activités, au lieu de proposer de contrats de travail ordinaires, les employeurs privilégient de plus en plus cette forme de paiement, en portant le précarisation du travail à son paroxysme. Des ouvriers sont appelés du jour au lendemain, ils sont payés quelques heures et puis renvoyés, de même pour certains employés municipaux. Récemment, la maire de Turin Chiara Appendino a proposé un travail de 500 heures auprès des bureaux immigration de la ville, payé par voucher. Et ainsi de suite, les vouchers explosent dans tous les secteurs. Pour le seul mois d’octobre 2016, en Italie ont été vendus 121,5 millions de vouchers de dix euros pour une valeur total de 1,2 milliards d’euros. Les vouchers sont donc utilisés de plus en plus pour masquer  des emplois qui n’ont absolument rien d’ « occasionnel » et incitent les employeurs à l’exploitation. L’Etat a ainsi accéléré le développement néfaste de cette nouvelle classe sociale que l’on surnomme les « working poors ». Il sont jeunes, ils travaillent, mais ils (sur)vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le « travailleur-voucheriste » n’a droit ni au repos, ni aux congés payés, ni à la maternité, ni de tomber malade. En continuant ainsi, nul besoin pour les entreprises de délocaliser leurs usines dans des pays sous-développés, les ouvriers-esclaves sont bel et bien disponibles ici.

 

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