Elle est tombée amoureuse de son recruteur, un jeune macédonien.

Après un endoctrinement sur internet qui a duré quelques mois, la jeune femme a donc décidé de partir, en emmenant avec elle son garçon de six ans et en abandonnant ses filles de onze et dix ans.

C’est l’histoire de Valbona Belisha, albanaise, domiciliée en Lombardie depuis des années et partie faire le djihad il y a deux ans. L’enfant de six ans a réussi à contacter son père depuis la Syrie deux fois, juste le temps de dire qu’il avait peur, qu’il entendait le bruit des bombes, et que « maman est habillée comme un ninja ».

Un terroriste serbe, Selimoviq Mendus, mort au combat en Syrie au cours du 2015, lui avait procuré les billets d’avion qui l’ont emmenée de Bergame à Istanbul. En Turquie elle a rencontré une autre famille provenant des Balkans, de Bosnie précisément, elle a donc voyagé avec eux jusqu’à Alep, là où ces dernières semaines les enquêteurs italiens ont retrouvé ses traces grâce aux écoutes téléphonique. Valbona aurait changé le nom de son fils en Yussuf et l’aurait obligé à prendre des cours de lutte, pour un faire un « futur martyr ». Dans les ordinateurs que les carabinieri ont réquisitionné chez la femme albanaise on a retrouvé plusieurs vidéo montrant des enfants en train de manier des kalashnikov. A l’heure actuelle, on ne sait pas si Valbona et son fils sont encore en vie depuis les dernières écoutes téléphoniques dont ils ont fait l’objet.

Son histoire ouvre un nouveau chapitre sur un djihadisme parfois oublié, celui qui prend ses sources aux Balkans: au Kosovo, en Albanie et en Bosnie-Herzegovine.

Depuis la fin des années 90, après la guerre fratricide qui a ensanglantée la région et après le génocide de Srebrenica, des camps d’entraînement de moudjahidines ont commencé à naitre en Bosnie. Profitant des exactions dont la communauté musulmane avait été victime, les imams wahabites ont commencé à arriver à Sarajevo, à Mostar et dans plusieurs villes de Bosnie, pour insuffler aux plus jeunes un désir de vengeance.  Des mosquées fondamentalistes ont vu le jour dans cette région où, depuis des siècles, les différentes communautés religieuses orthodoxe, catholique et islamique ont vécu ensemble en paix.

L’idée qu’un nouvel Islam, radical et intolérant faisait surface en ex-Yougoslavie a été tabou pendant longtemps pour les médias.

Ce n’était pas évident d’affirmer à une opinion publique encore sous le choc de l’horreur de Srebrenica avec ses milliers d’hommes massacrés sous les yeux des Nations Unies que là, sur ce même territoire, des individus appartenants à ce peuple-victime devenaient à leur tour des bourreaux, prêts à partir au combat sous le drapeau d’une organisation terroriste telle qu’Al-Qaïda.

Cette dernière a été remplacée par l’Etat Islamique.

Depuis 2014, une vague géante d’arrestations s’est abattue sur Sarajevo et sur Pristina au Kosovo et a conduit en prison des dizaines des jeunes accusés d’avoir des liens avec le terrorisme. Parmi les arrestations il faut  souligner celles de sept imams Kosovar, accusés d’incitation à la haine et d’avoir recrutés et endoctrinés de nombreux individus partis ensuite au Moyen Orient pour se battre en Syrie ou en Irak. Beaucoup de ces foreign fighters sont morts.

D’autres imams radicaux continuent entretemps leur prêches haineux.C’est le cas de Saed Bairaktar, imam de Restelica, un village dans les montagnes albanaises, qui a vécu à Sienne (Italie) pendant des années en y fondant un centre d’études islamiques. On peut aussi mentionner Idris Bilibani, actif en Bosnie et au Kosovo. Plusieurs de ces prédicateurs ont vécu en Italie pendant des années. L’émigration depuis l’Albanie et les Pays de l’ex-Yougoslavie a été massive pendant les années 90. Aujourd’hui les autorités italiennes assistent à la formation des nouveaux aspirants djihadistes issus de ces communautés.

Les jeunes radicalisés des Balkans peuvent compter sur un accès facile aux armes, la Bosnie étant une véritable plaque tournante du trafic d’armes mondial. Ici ont afflué d’immenses arsenaux lors de la chute de l’Union Soviétique. A la fin des années 90, après la guerre, dans les villages  bosniaques il y avait d’étranges « jeux publics »: les autorités proposaient d’échanger des jouets et de l’électroménager contre les armes que les familles cachaient dans leurs maisons, pour « nettoyer » la région des arsenaux clandestins. Les armes qui ont servi aux attaques du 13 novembre arrivaient des Balkans.

En novembre dernière, sur la table des autorités anti-terrorisme italiennes est arrivé un message inquiétant. Daesh aurait commandé aux moudjahidines kosovars et bosniaques d’attaquer l’Italie. Le message a transité par les prisons de Rossano Calabro, où sont emprisonnés les terroristes.

C’est à Rossano que la nuit du 13 novembre 2015, pendant le massacre au Bataclan, les prisonniers fêtaient « la France libérée ».

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