Il y a un an, un étudiant italien a été retrouvé assassiné au Caire. Les autorités égyptiennes ont fait croire à un accident ou à un vol qui aurait mal tourné. Mais la vérité est ailleurs.

Au premier anniversaire de  sa mort, la mémoire de cet étudiant italien torturé et massacré au Caire n’a pas encore trouvé justice. Giulio Regeni, 28 ans était en Egypte pour l’Université de Cambridge. Jeune et brillant chercheur, Giulio était en train d’écrire une thèse sur les syndicats indépendants des travailleurs dans ce pays. Le 3 février 2016 son corps a été retrouvé près de la capitale, au bord d’une autoroute. Les autorités du régime d’Al Sissi ont tout de suite fait comprendre que ça serait très compliqué pour les enquêteurs italiens de trouver une réponse claire à cet homicide. Ils ont commencé à parler de « crime commun », Giulio aurait été la victime de braqueurs, ou d’une voiture pirate qui l’aurait percuté. Sauf que l’autopsie a révélé que le jeune avait subi au moins une semaine d’atroces tortures. Des brulures de cigarettes et des coups qui s’apparentent à la signature des forces spéciales locales à la solde du régime.

Un dernier document diffusé récemment révélerait que Giulio aurait été espionné par Mohammed Abdullah, chef du syndicat de vendeurs ambulants, pour le compte de la police du Caire et de l’agence Nationale de Sécurité. Regeni aurait été suspecté à son tour de travailler pour les services secrets italiens. A Rome, on nie l’accusation avec fermeté. Mohammed Abdullah aurait dit, en dénonçant le jeune à la police, qu’ « il posait trop de questions ». De son côté, la mère de Giulio explique que son fils  enquêtait sur les syndicats indépendants, dans le cadre de ses études, mais qu’il s’agirait toutefois d’un domaine « très délicat » pour les autorités. Qu’est-ce que Giulio avait découvert? Le mobile de son meurtre n’est pas encore tout à fait clair pour les magistrats chargés du dossier, les italiens Giuseppe Pignatone et Sergio Colaiocco.

Le 23 janvier dernier, le procureur général égyptien Nabil Ahmed Sadeq, a accepté la demande du tribunal italien d’envoyer un groupe de techniciens experts en récupération de données des caméras de surveillance. Le jeune chercheur aurait été vu pour la dernière fois dans le métro, à la station Dokki, le soir du 25 janvier 2016.

Un climat de répression et de paranoïa s’est installé en Egypte depuis que le général Al Sissi est au pouvoir. Les opposants et les journalistes sont régulièrement victimes d’arrestations et d’exactions. Giulio pourrait être considéré à juste titre comme la première victime non égyptienne de la révolution.

Depuis la découverte du corps de l’étudiant, les rapports entre le pays  et l’ Italie sont extrêmement tendus. L’ambassadeur italien a été rappelé il y a huit mois et la vente des armes et d’équipements pour l’armée du régime a été en partie suspendue. Malgré cela, on considère que l’action des autorités italiennes pour révéler la vérité sur la mort de Giulio est trop timide et prudente. L’Italie aurait-elle peur de compromettre ses relations commerciales avec l’Egypte?

Après plusieurs manifestations dans différentes villes italiennes, le 3 février, un défilé organisé par Amnesty International aura lieu à Paris pour dénoncer l’affaire et demander, pour la énième fois, la vérité.

 

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