Renzi abandonne le pouvoir suite aux résultats du referendum: choc politique en Italie.

C’est l’époque des véritables surprises en politique, en Italie comme ailleurs. La victoire inattendue de Donald Trump, les primaires républicaines françaises qui voient sortir gagnant l’ex-premier ministre de Sarkozy et maintenant la démission de Matteo Renzi en Italie suite aux résultats du referendum de dimanche.

Les Italiens ont dit « non ». Renzi a perdu son pari et l’Italie plonge dans un période d’incertitude. Les marchés financiers s’effondrent en Ialie, l’euro est au plus bas, pire qu’après le Brexit.

Beppe Grillo, leader du Mouvement Cinq Etoiles exulte et son équipe est déjà au travail pour arriver gagnante aux prochaines élections.

Mais pourquoi le peuple italien a-t-il tourné le dos au chef du gouvernement? Pourquoi ce « non » net et sans appel (59,1% des votes sont contre à la reforme)?

Il est trop simple de désigner les  Italiens de « populistes ». La reforme constitutionnelle, objet du référendum, et la manière même de la proposer, avaient bien des points faibles.

Analysons-les.

-Premièrement, Renzi s’est impliqué trop personnellement dans ce referendum en proposant sa démission en cas de succès des « non ». Cette démarche s’est révélée être un piège.  Le referendum s’est transformé, au-delà de son contenu, en instrument de vote pour ou contre Renzi et non pas pour ou contre sa reforme de la Constitution. La déception des travailleurs suivie par le Job Acts, le scandale de la banque Etruria, et la crise économique qui ne cesse d’accabler le pays ont donc eu raison du Président du Conseil.

-Si c’est vrai que un « oui » à la reforme aurait permis de diminuer le nombre de sénateurs (de 315 à 100) et d’éviter le ping pong législatif entre la Chambre des Députés et le Sénat qui aujourd’hui paralyse souvent l’action du gouvernement, c’est aussi vrai que la manière dont les nouveaux sénateurs auraient été choisis  a fait l’objet d’une grande polémique ces derniers mois. En effet, un premier texte affirmait qu’ils devaient être choisis au sein des conseils régionaux, par les conseillers eux-mêmes. Après un long débat où les partisans du « non » accusaient Renzi d’éloigner encore plus la politique des citoyens (en Italie jusqu’a présent les représentants du Sénat sont choisis lors des élections du gouvernement selon les préférences des citoyens), on a décidé enfin que ce seront donc aux citoyens, lors d’élections régionales, à décider quels conseillers régionaux iraient au Palazzo Madama, siège du Sénat.

Reste le fait que cette solution, concrètement, institutionnalise le cumul de mandat. Les sénateurs seront en effet à la fois des conseillers régionaux et des maires. Comment bien accomplir les deux missions en même temps?

Autre sujet de débat, dans un pays avec un taux si élevé de corruption dans les institutions, c’est un nombre effrayant des conseillers régionaux qui se retrouve impliqué dans des problèmes de justice. Leur nouveau rôle de sénateurs leur attribuerait l’immunité parlementaire. 

Le juriste Gustavo Zagrebelsky, partisan du « non » et ancien président de la Cour Constitutionnelle a parlé d’une «  dérive oligarchique » si la réforme passait.

On en serait arrivé à trop de pouvoirs concentrés dans le main du gouvernement, et, par conséquence, dans celle de Renzi. Pour rendre plus fluide le processus décisionnel, Renzi proposait dans la réforme d’affaiblir nettement le pouvoir décisionnel des institutions locales telles que celles les régions, en allant de nouveau vers une centralisation du pouvoir.

Pour proposer une loi d’initiative populaire, alors qu’en Italie 50.000 signatures sont nécessaires pour faire passer la proposition, la réforme en demandait 150.000. 

A tout cela s’ajoute une loi électorale, la surnommée « Italicum » promulguée par Renzi en 2015, qui avait été mal digérée par l’opinion publique, par l’opposition et par les « frondeurs » de gauche tel l’ancien Premier Ministre Enrico Letta, qui avait l’avait définie « une loi sur mesure pour renforcer les pouvoir du président de Conseil ». Le point très critique de cette loi, actuellement appliquée, concerne les « listes bloquées » où les têtes de listes sont imposées par les partis, et non choisies directement par les citoyens. 

Les électeurs italiens ont donc eu peur d’une dérive autoritaire et de perdre la possibilité de participer activement à la vie politique. Ils ont rejeté une forme de politique qui décide pour eux,sans tenir compte de leur exigence dans un moment très difficile. Tel est le ressenti. La crise, et le populisme montant ont fait le reste.

Renzi démissionne, les banques italiennes tremblent, la troisième économie d’Europe vacille dans l’incertitude du futur peut-être dans l’attente du prochain « sauveur ».

 

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