Ce pourrait être le mauvais film d’un nouveau mauvais genre: le spaghetti-nazi. Mais, hélas, ce n’est pas de la fiction. Un village nazi s’est installé dans le nord de l’Italie. 

Le nom ne dit pas grand chose: Comunità militante dei dodici raggi. Communauté militante des douze rayons. On dirait presque une secte hippy des années Soixante-dix. Après explication, on apprend que ces fameux « douze rayons » sont ceux du « soleil noir », symbole du château allemand de Wewelsburg, siège operative des SS. Nous sommes à Caidate, un paisible village près de la ville lombarde de Varese et du beau lac homonyme. Dans le royaume de la Ligue Nord de Matteo Salvini, ces derniers années a poussé comme un champignon vénéneux un village géré par…les nazis. Oui, vous avez bien lu. Alessandro Limido, 34 ans, bourré des certitudes en ce qui concerne l’histoire selon lui « déformée par la gauche », est le chef de cette communauté grandie dans l’indifférence des autorités locales. Au journaliste du quotidien « Repubblica «  qui les a récemment interviewés, certains membres ont déclaré, sans aucun complexe: « Nous sommes nazistes, nous nions l’Holocauste, ce sont les juifs qui ont voulu la guerre contre Hitler et Mussolini pour défendre le capitalisme ». Voilà le topo. Révisionnistes et anti-semites, les neo-nazis de Varese sont aussi fascinés par les anciens cultes païens germaniques et leurs rituels, qu’ils essayent de perpétuer. La semaine passée ils ont porté en procession une rune germanique, emblème des guerriers d’Odin, jusqu’au Mont de San Martino, où, en 1943, avait eu lieu une bataille sanguinaire entre fascistes et partisans. Pendant les solstices, ils ont l’habitude de bruler une croix gammée. Autour des flammes, les nazis et leur famille, enfants et chiens compris, s’adonnent à des chants du Troisième Reich. Le 20 avril, anniversaire de la naissance de Hitler, c’est également l’occasion pour une grande fête.

Leurs ennemis? Les juifs bien évidemment, mais aussi les homosexuels, la police et les migrants. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils n’aiment pas non plus le leader populiste de la Ligue Nord Matteo Salvini défini « trop souple et trop proche d’Israel ». Ils louent un hangar pour leur réunion, dans la banlieue de leur petite ville. Le propriétaire en est content, car ils payent un bon loyer, sans être jamais en retard. Ils ont une page Facebook très active, ils sont des pro du merchandising, ils fabriquent des t-shirts gravées des slogans racistes, ils organisent des mini-festival de cinéma et leur siège vante même une bibliothèque. Que des oeuvres révisionistes, bien sur, tant à l’écran que sur papier. Les femmes ont un rôle bien précis, encadré dans le slogan fasciste « patria e famiglia » (patrie et famille). Tandis que leurs compagnon s’entrainent pendant des séances d’arts martiaux, elles préparent des tracts à l’effigie d’Eva Braun.

Leur héros est Vincenzo Vinciguerra, terroriste d’extreme droite durant les terribles années de plomb, actuellement emprisonné pour l’assassinat de trois gendarmes.

Et les lois dans tout ça? En Italie existe bel et bien l’interdiction de faire apologie du fascisme. Est-ce possible qu’une formation naziste s’adonne à la propagande en plein jour, à peine à 50 kilomètres de Milan? Beh, oui, c’est possible. Certains citoyens ont demandés aux autorités d’intervenir, mais pour l’instant, très peu a été fait. Selon l’Observatoire des nouvelles droites, organisme qui monitore le développement des mouvements fascistes et nazis en Italie, ces formations naissent surtout au seins des groupes des tifosis ultras dans les stades. Des équipes comme le Varese, ou le Latina comptent parmi les supporters des nombreux membres adhérents à ces idéologies. Certains vendeurs à la sauvette qui proposent des calendriers à la gloire de Mussolini dans les ruelles touristiques de Rome, ont encore du business à faire, surement, pour des nombreux jours à venir.

 

1 COMMENT

  1. Bonjour,

    Je suis un confrère, je travaille à l’Express. J’ai lu votre article, que j’ai trouvé très intéressant et bien documenté, sur Kim Jong nam. Je suis en train de préparer un sujet sur ‘Kim Jong Nam et la France’. Est-ce que je pourrais vous parler, si vous avez un petit moment ? J’aurais aimé vous demander quelques petites précisions.
    Merci de votre intérêt (j’ai écrit le même message sur une autre adresse, mais je ne sais pas si elle est active)
    Cordialement,

    Charles Haquet
    Journaliste/ 01 75 55 40 54

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