Sept gynécologues sur dix refusent l’avortement

Plusieurs articles et reportages dans la presse française dénoncent les difficultés auxquelles doivent faire face les femmes désirant avorter en France. Ces problèmes peuvent se traduire par des difficultés pour obtenir des informations correctes,  des pressions psychologiques de la part de groupes pro-vita et bien d’autres.

On peut quand même dire que ces difficultés représentent des obstacles infimes comparés à la situation que vivent les citoyennes italiennes.

La très catholique Italie voit 7 gynécologues sur 10 refuser de pratiquer l’avortement, en se déclarant objecteurs de conscience. Le pourcentage arrive jusqu’à 93% dans des régions du centre-sud telles que le Molise ou la Basilicata. Les chiffres concernants le nombre d’objecteurs grandissent chaque année. Des centaines de femmes sont donc obligées de parcourir des centaines des kilomètres pour pouvoir avorter, ou à avoir recours à des cliniques clandestines ou pire encore, à des « remèdes fait-maison » extrêmement dangereux. Cerise sur le gâteau, en début d’année le gouvernement a décidé de sanctionner lourdement les femmes qui recourent à des structures clandestines, ces amendes peuvent atteindre les 10.000 euros. C’est ainsi que celles qui ont du faire appel à ces structures pour pouvoir avorter, courent le risque d’être sanctionnée si par exemple, une complication survient et que la femme nécessite en conséquence des soins, en  s’adressant alors à une structure publique. Une fois que les médecins auront vérifié qu’il s’agit d’un avortement et qu’il a été pratiqué clandestinement, l’amende pénalise une personne déjà meurtrie par une expérience douloureuse, par le manque d’assistance publique et par la pénurie de médecins prêts à appliquer tout simplement les lois existantes.

Les justifications apportés par les objecteurs?

Des raisons « éthiques » bien évidemment, sauf que parfois des raisons bien plus pragmatiques viennent s’y rajouter. Nombreux parmi ceux qui refusent d’appliquer la loi dans les hôpitaux publiques, ont une éthique beaucoup plus souple dans le privé. À l’abri de leur cabinet immaculé et en monnayant leurs interventions,  ils se révèlent beaucoup plus « open minded ».

Une autre raison doit être cherchée dans les ambitions des médecins soucieux de leur carrière: un discret nombre de structures hospitalières en Italie est géré ou contrôlé en partie par l’Eglise, ce qui implique que le fait de pratiquer l’avortement (en application de la fameuse et contestée loi 194, loi de 1978 qui autorise l’avortement jusqu’au 90ème jours de grossesse), est vu comme négatif sur un CV.

Pour faire comprendre la particularité que l’Italie représente dans ce sujet, il faut adresser un regard aux autres pays. En France (source La Stampa), pratiquement tous les hôpitaux publiques ont l’obligation formelle de rendre disponibles les services liés à l’interruption de grossesse.

Au Royaume Uni, il n’y a que 10% de gynécologues qui se déclarent objecteurs et en Suède, le droit à l’objection n’existe pas, tout simplement. Dans ces Pays, les étudiants qui veulent se spécialiser en gynécologie et pensent que l’avortement soit contraire à leurs principes, sont invités par le corps enseignant à choisir d’autres spécialités.

« En Italie le cursus d’études prévoit que les spécialités d’obstétricien et de gynécologue soient unies. Ce n’est pas qu’une question liée au credo religieux qui est en cause et qui justifie ce nombre si haut d’objecteurs » nous confie un gynécologue d’un grand hôpital turinois et lui-même objecteur, qui tient à rester anonyme. « Pour un obstétricien, le foetus est un patient tout comme la mère, parfois on passe des mois à suivre une femme pour qu’elle et son bébé puissent vivre la grossesse de la meilleure façon possible. On renseigne les mères, on les rassure et puis nous nous trouvons face à leur décision d’avorter. J’assume: psychologiquement ce n’est pas facile à gérer! « . Il y a un autre problème qui déclenche un cercle vicieux et fait que les médecins objecteurs soient en constante augmentation: plus les gynécologues qui pratiquent l’IVG sont rares, puis ils se retrouvent à devoir ne pratiquer que cela : des avortements à la chaine. « Je n’étais pas objecteur il y a à peine deux ans » continue le docteur «  mais je me suis retrouvé à ne faire que cela, c’était très dur. Je suis habitué à suivre la grossesse de mes patientes, là je me confrontais à des filles qui venaient d’autres hôpitaux, que je n’ avais jamais vues, dont je ne connaissais pas l’ histoire, et je devais juste pratiquer cet acte médical sans pouvoir être d’aucune autre aide, c’était frustrant, j’ai dit stop. Je ne me suis jamais mis en travers de la loi en faisant de la propagande anti-avortement, loin de là, mais je me limite à adresser les patientes là où elles pourront être aidées et assistées pendant l’IVG, je ne veux plus m’en occuper personnellement. » Et dans le cas où il n’y aurait plus de médecins  disponibles pour pratiquer l’IVG? « Je me remettrai en question, mais là ce n’est pas le cas ». Sauf si tout le monde décide d’être objecteur.

Eva Morletto

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