Depuis 2012, 599 femmes ont été victimes de féminicide en Italie. 116 ont été tuées depuis le début de l’année.

Tuées puisqu’elles étaient Femmes. Tuées parce qu’elles avaient osé se rebeller contre leur mari, leur fiancé ou leur ex-compagnon. Tuées parce qu’elles avaient dit « non ».

La RAI a diffusé mardi 22 novembre le film « Io ci sono » interprété par l’actrice Cristiana Capotondi. Dans ce film elle joue le rôle d’un personnage bien réel, Lucia Annibali, dont le visage est aujourd’hui en Italie le symbole de la violence faite aux femmes. Lucia est une brillante avocate, une femme magnifique et pleine d’énergie. Un jour d’avril 2013, un homme cagoulé envoyé par son ex compagnon ( avocat lui aussi), la défigure par un jet d’acide sur son visage. L’agresseur et le mandataire sont aujourd’hui en prison. Lucia s’est reconstruite, littéralement. Elle a subi un nombre incalculable d’opérations et elle s’est battue farouchement pour reprendre une vie normale. Entretemps, entre ses souffrances, elle n’a pas oublié les autres, les milliers d’autres femmes italiennes victimes d’hommes violents influencés à leur tour par une culture machiste et patriarcale, encore bien présente.

L’avocate aux longs cheveux bruns et à la voix douce est donc devenue l’héroïne des droits des femmes en Italie: elle se bat pour eux, les défend et les soutient.

Mais malgré le combat de femmes courageuses et déterminées comme Lucia Annibali, le massacre continue.

Il y a eu l’histoire terrible de Sara Di  Pietrantonio, étranglée et brulée par son ex fiancé, obsédé de jalousie au point de la harceler avec des appels téléphoniques toutes les dix minutes, comme en a témoigné la mère de la victime.

Il y a eu le cas de Carla Caiazzo, enceinte de huit mois, miraculeusement sauvée par les médecins, malgré son fiancé- bourreau qui l’a aspergée d’alcool et brulée très grièvement, pendant une banale dispute. Les médecins ont pu la sauver ainsi que son bébé.

On pourrait continuer, en citant celles que les hommes n’ont pas tuées, mais « comme si ».

Ainsi une petite fille de treize ans seulement, a été violée et traitée comme  un jouet sexuel par les hommes de tout un village en Calabre. Une petite fille victime de l’omerta de tous ses concitoyens, qui interrogés par les médias après que l’horreur fut dévoilé, se sont acharnés contre elle et ont défendu ses bourreaux, contre toute attente.

D’un autre côté, 599 femmes n’ont pas survécu à cette barbarie depuis 2012.

Bien souvent le mobile a été la jalousie, l’incapacité de l’homme à accepter soit la fin de la relation soit tout simplement la rébellion de sa femme face à un rapport devenu tyrannique et étouffant.

Récemment, le cas de Tiziana Cantone fait réfléchir. Personne ne l’a tuée, elle l’a fait seule en se suicidant. Elle y a été poussée par la vague de honte et le harcèlement qui l’a submergée quand des images érotiques , destinées à un ami, ont été diffusées par ce dernier sur le web. La belle trentenaire a subi une avalanche d’humiliations, sur internet comme dans la rue, allant de la moquerie jusqu’aux agressions physiques, il y a même quelqu’un qui a réalisé des T-shirt à son effigie, agrémentés de phrases insultantes. L’harcèlement a continué sur les réseaux sociaux après sa mort.

On dirait qu’une bonne partie de la société masculine italienne vit de manière schizophrénique avec les femmes, leurs libertés, leurs droits et leurs sexualités.

L’Italie est le champion européen en matière de recours à la chirurgie esthétique. Les émissions télévisées, JT inclus, sont peuplées de filles ultra-sexy aux décolletés plongeant et aux lèvres hypertrophiées. A l’opposé de ces femmes sexy, on trouve une vision encore patriarcale de la société. Une dualité qui se recroqueville dans les modèles ancestraux de la Vierge Marie d’un coté et de la pécheresse Madeleine de l’autre. Un tel état des choses nous emmène loin dans le passé, dans ce paysage social dessiné par le sicilien Giovanni Verga à la fin du XIX siècle, quand les femmes mariées allaient à la messe pendant que les maris allaient au lupanar accompagnés de leurs fils ainé.

La « Femme » » doit ainsi, pour certains, être contrôlée et contrôlable. Et si les choses changent, si la « Femme » veut sa liberté, ou tombe amoureuse d’un autre homme, ou refuse de se taire, certains hommes se retrouvent alors déstabilisés et plongent dans un gouffre d’incompréhension qui débouche parfois sur la violence.

599 est un chiffre effrayant, mais malheureusement, si les mentalité ne changent pas, il va continuer de grimper.

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